Menu

Voccitanie Rezo
Fermer le menu

Interview croisée d'Alain di Crescenzo et Nicolas Dufourcq

Les prévisions de croissance tablent pour la France sur 2 % en 2018 avec un chiffre de 3,9 % au niveau mondial (FMI). L’économie fonctionnant par cycles, la période est donc propice à la réflexion sur un éventuel retournement de conjoncture. Comment les entreprises et leurs partenaires financiers peuvent et doivent anticiper cela et s’y préparer ?

Alain Di Crescenzo :

Nous sortons effectivement d’une période molle pour ne pas dire de quasi-récession avec un PIB en croissance de moins de 0,5 % trois années de suite. Les économistes et les chefs d’entreprise savent qu’en dessous d’1,5 % de croissance, l’économie ne crée pas d’emploi… Avec un PIB à + 1,9 % en 2017 et une progression qui devrait être comparable en 2018, nous sommes donc dans une situation que nous n’avons pas connue depuis une décennie. Et ce qui vaut pour la réforme en profondeur de notre système, économique et social, vaut bien sûr pour nos entreprises : c’est quand les voyants sont au vert qu’il faut préparer « le coup d’après » et prendre des décisions. C’est ce que font les entreprises en profitant de la période pour investir : le taux d’investissement des sociétés hexagonales a atteint 23,5 % l’an passé, son plus haut niveau depuis 2008. Ce taux est significativement supérieur au niveau moyen de la zone euro comme l’a souligné François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la banque de France. Ce point de satisfaction ne doit pas nous dispenser d’une analyse plus fine. Se pose, en effet, la question de la qualité de l’investissement car la hausse des investissements devrait, en théorie, permettre à la production française de monter en gamme et se traduire à un moment donné par un renforcement de notre compétitivité́. Le stock de capital en nouvelles technologies rapporté au PIB a stagné ces dernières années. Nous devons donc aider les entreprises à cibler ces investissements et à se transformer pour être plus agiles, modernes, innovantes, digitales, internationales… : plus en osmose avec leur environnement. Pour cela, deux mots d’ordre accompagnement et financement !
 

Nicolas Dufourcq : Il faut en effet se réjouir du rebond actuel de la croissance française sans toutefois occulter nos faiblesses structurelles ; qu’il s’agisse du déficit persistant de la balance commerciale ou encore de l’inadéquation entre la demande et l’offre d’emploi. Nous incitons donc tous les entrepreneurs à faire maintenant ce qui leur permettra de traverser, en vainqueurs, le prochain cycle. En matière d’investissement, de capital humain, d’innovation, d’acquisitions, c’est maintenant qu’il faut agir. Il faut être « d’une impatience totale ». Nous avons encore environ vingt mois de conjoncture favorable. Le rôle de Bpifrance est non seulement de financer les investissements les plus risqués mais aussi d’inciter l’entrepreneur à agir et se transformer sans attendre. Tel est le sens de toute l’énergie que nous déployons en matière d’accompagnement – premier mot-clef de notre feuille de route pour 2018.

 

La consolidation de nos entreprises passe par leur développement (de PME à ETI et d’ETI à grands groupes). Les principaux relais de croissance actuels étant constitués par les marchés étrangers, l’export a acquis une importance capitale. Seulement 50 % des PME et des ETI sont présentes à l’international. Comment devenir une nation qui pèse plus à l’international, avec des entreprises qui se lancent sans attendre et un déficit commercial en nette diminution ?

ADI : L’international ne doit être ni une incantation, ni une objurgation, ni une précipitation : aller à l’international ne s’invente pas ! Cela se prépare et s’apprend. Et, surtout, la mise en place d’une stratégie de développement à l’international, commence chez nous, à domicile : inutile d’épuiser ses ressources et son temps si les produits et services ne sont pas disponibles, de qualité, adaptés aux pays cibles et compétitifs. À l’export, la base du succès est d’être « cheaper and/or better and/or faster ». Pour être sûr de gagner, il faut être les 3. Après avoir été « apprise », la démarche internationale doit être guidée, accompagnée et suivie. Les CCI interviennent précisément à ces trois étapes pour contribuer à rendre cette démarche pérenne. Selon les Douanes françaises, près de 124 100 opérateurs ont exporté depuis la France en 2017, un nombre stable par rapport à 2016. Parmi ceux-ci, on compte 28 200 nouveaux entrants, soit 23 % du total des exportateurs. Chaque année, les opérateurs du commerce extérieur connaissent donc un turnover significatif. Les entreprises de moins de 20 salariés représentent plus de 85 % des entreprises entrantes et sortantes. La part des entreprises qui réexportent l’année suivante est toutefois en progression depuis plusieurs années. Nous devons, collectivement, continuer à travailler activement sur ce point pour peser plus, et plus durablement, à l’international. Créer un cercle vertueux passe par l’accompagnement prioritaire de ces PME qui, ainsi, se développeront et pourront devenir des ETI. Des ETI qui représentent 35 % des montants exportés par notre pays. On voit bien tout le bénéfice qu’il y a à étoffer et muscler cette communauté des PME et des ETI exportatrices.

 

ND : L’international constitue en effet, avec l’innovation, le principal moteur de la croissance dans une économie mondialisée. Cela nécessite une réelle préparation, des investissements pour se différencier, y compris en R & D, et une démarche plus solidaire. Après l’intégration, début 2017, des garanties publiques à l’export, Bpifrance est aujourd’hui pleinement reconnu dans ce rôle, en devient le guichet unique pour les financements publics des entreprises, notamment celles trop faiblement exportatrices. Avec nos 50 chargés d’affaires internationaux, déployés sur tout le territoire, nous sommes déjà allés à la rencontre de 1 500 entreprises. L’international est aussi un des axes forts de nos accélérateurs de PME et ETI nationaux comme régionaux. Dans ce domaine nous agissons déjà en partenariat avec trois Régions, ainsi qu’avec des filières industrielles comme l’aéronautique. D’ici 2021, ce sont 4 000 entreprises qui verront ainsi leurs performances démultipliées, y compris à l’international, grâce à ces parcours d’accélération.

 

Dans le peloton de tête pour le financement et la création de start-ups, l’Occitanie performe également dans le domaine de la recherche. Quelle est votre vision de ses atouts et quels sont les leviers que vous identifiez pour faire de l’Occitanie une « start-ups région » qui exporte ?

ADI : Les atouts de l’Occitanie pour y parvenir sont nombreux. Notre région est la championne nationale pour son taux de R & D, son solde commercial, le taux de créations d’entreprises… Elle est la 2e pour la création de start-ups, la 3e région de France pour les levées de fonds de start-ups (79 M€)… En ce sens, nous sommes effectivement une start-ups région dynamique… Mais, avec seulement 12,4 % de l’export national et 8 500 entreprises exportatrices sur les 250 000 que compte notre région, l’Occitanie n’est pas encore une start-ups région qui exporte. Concrétiser ce formidable potentiel et mériter pleinement ce titre est l’objectif de l’équipe d’Occitanie de l’export composée du Conseil Régional, la CCI Occitanie et son réseau, Business France, les CCE… Ces deux derniers seront d’ailleurs, par volonté d’opérationnalité, hébergés prochainement dans nos locaux. Parmi les leviers sur lesquels nous allons agir : le renforcement de l’accompagnement dès la phase start-up, le raffermissement du soutien individuel vs collectif, l’augmentation des financements sur les phases de préparation en France et le développement de la chasse « en meute » à l’étranger qui doit devenir un réflexe avec des initiatives collectives pour permettre la participation à plus d’événements, des stands communs aux couleurs de notre région… (à l’image de l’évolution de notre participation au CES de Las Vegas par exemple). Cette qualité des relations entre acteurs du développement économique territorial est un véritable atout. Au même titre que celle des relations entre grands groupes et start-ups comme le montrent, par exemple, des initiatives comme BigUp for StartUp ou l’IoT Valley qui les mettent au contact, dans une logique de co-construction et de co-développement partagé.

 

ND : Vous avez tout à fait raison de parler de « start-ups régions ». Une « start-ups nation » n’existe pas hors sol, elle est la résultante du travail de recherche, d’innovation et d’investissement réalisé partout en France. La région Occitanie est à ce titre exemplaire avec près de 400 projets innovants accompagnés par Bpifrance en 2017, à hauteur de 300 millions en financements publics et privés. La Région affiche d’ailleurs un très bon taux de création de start-ups : Toulouse est - derrière Paris - la deuxième ville française en nombre de sociétés et d'emplois créés par les start-ups. Un exemple : depuis sa création en 2011, le toulousain Delair Tech est devenu le premier fabricant français de drones professionnels à voilure fixe. Et en 2018, il compte doubler la production. L’entreprise emploie aujourd’hui 120 salariés et devrait en embaucher 30 de plus cette année. Et début 2018, 60 start-ups occitanes participaient au CES de Las Vegas.

 

Le taux d’investissement des sociétés hexagonales a atteint 23,5 % l’an passé, ce qui constitue son plus haut niveau depuis 2008. Il est à noter que ce taux est significativement supérieur au niveau moyen de la zone euro.veau depuis 2008. Ce taux est significativement supérieur au niveau moyen de la zone euro. Alain Di Crescenzo, Président de la CCI Occitanie

 

En complément

Inscription – Newsletters Voccitanie

Twitter