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L’Occitanie raisonne intelligence artificielle

L’Occitanie raisonne intelligence artificielle

Après avoir été majoritairement abordé sous les angles scientifique et éthique, le sujet de l’Intelligence Artificielle est, en raison du levier de croissance qu’elle va constituer pour la décennie à venir, de plus en plus considéré dans sa dimension économique. Comment va-t-elle faire évoluer l’organisation du travail, des entreprises et des territoires ? Interview croisée de Nicolas Bouzou, économiste et essayiste, et Alain Di Crescenzo, 1er Vice-Président de CCI France et Président de la CCI Occitanie.

 

Par-delà certaines craintes, l’intelligence artificielle s’annonce comme l’un des plus formidables accélérateur de croissance qu’ait connu l’économie mondiale depuis des décennies. Transport, santé, agriculture, industrie… Comment l’intelligence artificielle va-t-elle bouleverser les modèles économiques de l’ensemble des secteurs d’activité ?

Nicolas Bouzou : Ce qui change le mode de fonctionnement de l’économie, c’est la troisième révolution industrielle, qui est celle de la convergence du numérique, de la robotique, des biotechnologies et de l’IA. Ces quatre technologies ne sont pas indépendantes. Sans numérique, il n’y pas d’IA. Mais ce sont les interactions entre elles qui reconfigurent le capitalisme. Je dirais pour résumer que la troisième révolution industrielle en général, et l’IA en particulier, façonnent un capitalisme plus « capitalistique » et plus « oligopolistique ». Acquérir ces technologies, les utiliser et, plus encore, les produire, y compris pour son propre compte, est très coûteux. Cela exige des capitaux importants, d’où la nécessité absolue d’avoir des entreprises très rentables, bien capitalisées et donc une fiscalité sur le capital modérée. Le capitalisme de la troisième révolution industrielle est aussi très oligopolistique. Les GAFA et les BATX croissent de trois façons. D’abord horizontalement : elles génèrent des effets de réseau et attirent toujours plus d’utilisateurs ; ensuite verticalement : les distributeurs ont tendance à intégrer les industriels et vice-versa ; enfin sectoriellement : l’IA permet de connaître les clients et de proposer des produits et des services de nature très différentes. 

 

Alain Di Crescenzo : Voir un territoire d’innovation comme la Sillicon Valley coupée en deux face au sujet confirme que le sujet est complexe et clivant. Il faut cependant noter que, par nature, les ruptures technologiques représentent toujours des situations inédites sur le plan juridique, social et éthique. Concernant l’aspect économique de l’intelligence artificielle, une étude récente du cabinet PwC évalue son impact sur la croissance du PIB mondial à plus de 1,2 % par an jusqu'en 2030, soit plus de 15 000 milliards de dollars. A titre d’exemple, des pays comme les États-Unis et la Chine, qui font la course en tête dans ce domaine, peuvent compter, grâce à l'IA,  sur une croissance nette de 24 à 32 % d'ici 2030. Par-delà ces chiffres, en termes de production, les études réalisées mettent en avant l’automatisation des process à faible valeur ajoutée qui libèrera les salariés et leur permettra de se concentrer sur celles qui en créent le plus. Un environnement plus stimulant et propice à l’acquisition du savoir tout au long de la vie professionnelle. Mais, plus encore que la production, c’est la consommation qui constituera le principal levier de croissance économique de l’intelligence artificielle.

 

L’un des apports de l’IA va être son rôle essentiel dans la connexion et l’inter connexion entre les territoires, les entreprises, l’enseignement et la recherche, les filières et secteurs… Comment mettre efficacement cet élément de transversalité au service du plus grand nombre et éviter une fracture qui s’ajouterait à la fracture numérique ?

NB : Il faut casser les silos et favoriser l’interopérabilité. Cela ne va pas de soi. Prenez la santé. L’IA peut permettre de mieux suivre les patients, de mieux coordonner le parcours de soin, de développer la télémédecine… Or on ne fait pas tout ça, ou marginalement. Pourquoi ? Parce que les technologies de sont pas compatibles, parce que les organisations ne communiquent pas, parce que les pouvoirs publics eux-mêmes ne jouent pas ce jeu. C’est idiot car cela nous prive de tirer le meilleur de ces technologies. A la fois pour les utilisateurs mais aussi pour l'économie des territoires. Il faut comprendre que, dans l'économie de la données, la circulation des informations est cruciale.

 

ADI : On peut raisonnablement penser que le développement de l’intelligence artificielle se fera progressivement et que les entreprises et les organisations intégreront ces nouvelles technologies à leur fonctionnement au fil de leur transformation numérique. Toutefois, on ne peut exclure qu’un certain nombre d’entreprises ou d’organisations publiques qui n’auraient pas suffisamment anticipé cette mutation se retrouvent distancées et en difficulté et que leurs salariés voient leurs compétences dévalorisées. C’est pour cette raison qu’il est important d’impliquer les collectivités territoriales, qui financent une grande partie de la formation et de l’effort de recherche des entreprises. Le développement de l’IA devra être intégré dans les grandes politiques de soutien au tissu entrepreneurial et économique, par exemple, dans la dynamique du programme national « Territoires d’industrie » afin d’éviter la fracture territoriale et l’effet de rupture technologique.

 

Quels sont les atouts de l’Occitanie pour s’imposer dans le peloton de tête de l’IA européenne ? A-t-elle les moyens de voir l’IA devenir un nouveau pôle d’excellence de son développement économique ?

NB : Je me méfie des mouvements de menton car j’en voie tous les jours. L’économie occitane bénéficie d’un atout qui est rare : elle a non seulement des startups mais aussi des ETI voire des grandes entreprises sur son territoire, notamment dans l’industrie. Il est nécessaire de faciliter tous ce qui peut amener ces entreprises à coopérer. Les entreprises françaises doivent comprendre que, dans ce monde oligopolistique, la taille compte à nouveau. Ce n’était pas le cas, ou beaucoup moins, il y a 20 ans. Il ne faut pas voir son voisin comme un concurrent mais comme un actif avec lequel une collaboration peut créer de la valeur. Après, la bataille de l'IA se joue aussi sur les talents. Par exemple, la concurrence pour attirer les meilleurs ingénieurs est mondiale. La rémunération compte bien sûr mais pas seulement. Les gens brillants veulent de belles villes, des moyens de transport, des infrastructures pour faire du sport... Les politiques publiques doivent en tenir compte.

 

ADI : Les progrès de l’IA se fondent aujourd’hui sur la performance des algorithmes, une puissance de calcul importante, la R & D hardware (processeurs, stockage, réseau) et l’accès à des données massives, corrélées, complètes, qualifiées, historisées. Autant de domaines dans lesquels l’Occitanie est reconnue au niveau international. Qualité et performance de sa recherche, de ses laboratoires et de son enseignement, culture de la technologie et des innovations de ruptures… : notre région coche de nombreuses cases pour jouer un rôle important dans le développement de l’IA européenne et mondiale. Ce que confirme le choix de Toulouse pour accueillir l’un des quatre Instituts Interdisciplinaires d'Intelligence Artificielle (3IA). Toulouse et, plus largement, l’Occitanie ont donc beaucoup à apporter à notre pays dans cette compétition internationale de l’intelligence artificielle où les États-Unis et la Chine feront la course en tête mais où des pays comme la France, la Suède ou la Corée du sud sont régulièrement cités comme challengers.

 

Performance des algorithmes, puissance de calcul, R&D hardware (processeurs, stockage, réseau), accès à des données massives, corrélées, complètes, qualifiées, historisées. Autant de domaines dans lesquels l’Occitanie est reconnue au niveau international. Notre région coche de nombreuses cases pour jouer un rôle important dans le développement de l’IA européenne et mondiale. Alain Di Crescenzo, Président de la CCI Occitanie et 1er Vice-Président de CCI France

 

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