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Occitanie, la résilience et la relance

Les études montrent que l’économie de l’Occitanie est plus impactée que celle des autres régions par la crise du Covid. L’explication tient à sa plus grande ouverture vers l’international. Mais ce trou d’air ne doit pas faire oublier que nos atouts demeurent plus enviés que jamais. Ni que notre réseau a été choisi comme « première ligne » pour être l’interlocuteur des chefs d’entreprise pour les accompagner face à la crise. Interview d’Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie.

 

Quelle est votre lecture de la situation de l’économie d’Occitanie, un mois et demi après le début du déconfinement ?

Alain Di Crescenzo : La décision de confiner aura été suffisamment lourde de conséquences économiques pour être, déjà et de façon surprenante, très vivement critiquée. Faut-il rappeler qu’à un moment donné, les deux tiers de l’humanité ont été confinés : comment ne pas mesurer définitivement que cette crise, ses causes, son mécanisme de propagation, sa gestion… sont planétaires ? Et comment ne pas comprendre que les difficultés actuelles de l’Occitanie, mais aussi son potentiel de rebond, viennent précisément de son ouverture sur l’international. Leadership mondial pour l’aéronautique et la viticulture, leadership européen pour le spatial, leadership national pour l’agroalimentaire, 1er excédent de la balance commerciale des régions françaises… Notre économie a, et va encore, souffrir de ces trois mois de mise sous cloche des échanges mondiaux et, plus encore, de ce redémarrage sans top départ commun aux différents continents, aux différents secteurs d’activité… Nos 300 000 entreprises ne sont, et ne seront, donc pas toutes logées à la même enseigne. Le retrait annoncé, et inévitable, des différents filets de sécurité que sont la prise en charge du chômage partiel, les reports de charges… s’annonce difficile et douloureux, c’est hélas une évidence.

 

Le réseau des CCI a été sur la première ligne du front entre le 17 mars et le 11 mai. Quels enseignements en tirez-vous ?

ADI : J’ai été partie prenante de toutes les réunions de la cellule de continuité économique régionale, aux côtés du Préfet et de la Présidente de Région. J’ai vu acter la décision de la mise en place du numéro unique faisant converger vers les 212 experts de nos 13 CCI territoriales l’essentiel des appels entrants des entreprises d’Occitanie. J’ai pu percevoir, face à l’ampleur de cette mission, une pointe de doute : le réseau, comme une digue face à la vague, allait-il tenir face à l’impact ? Et j’ai senti ce questionnement, non illégitime au demeurant compte tenu de l’exigence de l’architecture retenue pour gérer cette crise, laisser place au contraire à un sentiment de confiance. Notre implication était devenue un élément de réassurance face à une situation extrêmement tendue. Elle a également contribué au renforcement du jeu collectif comme le prouve le fait que la Région a retenu certaines de nos propositions et préconisations pour le Volet 2 bis du Fonds de solidarité. Je tiens donc à remercier et à féliciter très chaleureusement tous les hommes et les femmes de notre réseau. Au 12 juin, près de 33 000 entreprises avaient été accompagnées avec, au plus fort de la crise, des pics à 700 entreprises par jour. 80,4 % d’entre elles étaient des entreprises de moins de 10 salariés et 8,7 % des entreprises entre 10 et 49 salariés. Et quand on sait que ce sont elles qui font l’économie et la richesse des territoires, on mesure l’importance de l’enjeu… Près des deux tiers (61,2 %) des appels entrants provenaient d’entreprises en quête d’informations, notamment au début de la crise. Bravo à vous tous. Mobilisé de cette manière, notre réseau a confirmé qu’il pouvait accomplir de très belles choses, y compris dans une situation d’une grande complexité.

 

Quelle est votre vision du plan de soutien à l’aéronautique ?

ADI : Je pense qu’il faut rendre hommage à ce qui a été fait et mis en place pour sauvegarder notre économie puis, aujourd’hui, pour la relancer. Tout n’est pas parfait ? Certainement. Il aurait fallu plus ? Probablement. Mais pour dépenser plus aujourd’hui, et sauf à oublier définitivement que la dette est une bombe à retardement, il aurait fallu que notre pays ait plus de moyens, plus de marges de manœuvre budgétaires… : qu’il ait produit plus de richesses. Et la France n’avait pas ces moyens suite à des décennies de déficits budgétaires. L’identification de filières prioritaires pour notre économie, mais aussi pour notre société, est donc la bonne approche. C’est la clé de la relance et, plus largement, de notre avenir économique. Avec 34Md€ d’excédent commercial tous les ans, la filière aéronautique est hautement stratégique pour notre économie, notre souveraineté et notre influence. Sans intervention rapide et massive, 100 000 emplois pouvaient disparaître au plan national d’ici la fin de l’année, c’est-à-dire un tiers des effectifs français de la filière. Il fallait agir vite et fort. Le plan de soutien de 15Md€ présenté par Bruno Le Maire prend le problème dans le bon sens, à savoir commencer par consolider les commandes. Mais si l’architecture du plan est bonne, il faudra en redimensionner les montants affectés aux opérations de haut de bilan, à l’innovation et, bien sûr, au chômage partiel. Par ailleurs, il faut veiller à organiser un ruissellement efficace des aides à nos PME les plus petites.

 

Et pour le tourisme ?

ADI : Le plan de 18Md€ va, lui aussi, aider les acteurs de la filière en Occitanie à passer ce cap très compliqué. Et le fonds L’Occal, créé par la Région et la Banque des territoires et abondé de 80 M€, est également une initiative à souligner. Là encore, l’enjeu est majeur puisque le tourisme représente près de 100 000 emplois, 10 % du PIB régional et 30 millions de touristes accueillis chaque année. D’après l’observatoire Protourisme, la crise a déjà provoqué une perte de plus de 30 milliards pour le secteur, dont huit milliards pour les hébergements, et les réservations pour juillet août accusent un retard en moyenne de 28 %. Mais les éclaircissements apportés sur la levée et l’assouplissement des mesures sanitaires ont déjà produit des effets positifs puisque les choses frémissent, dans le tourisme comme dans les autres secteurs de notre économie. Il n’en va, hélas, pas encore de même dans des secteurs comme le commerce ou l’événementiel pour lesquels nous devons demeurer particulièrement attentifs.

Je tiens à remercier et à féliciter très chaleureusement tous les hommes et les femmes de notre réseau. Au 12 juin, près de 33 000 entreprises avaient été accompagnées avec, au plus fort de la crise, des pics à 700 entreprises par jour - Alain Di Crescenzo, Président de la CCI Occitanie et 1er Vice-Président de CCI France

Publié le 29 juin 2020 

 

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