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1er accélérateur des entreprises

Interview croisée Dominique Faure - Jean-François Rezeau

Les Assises des Petites Villes de France se sont tenues à Millau les 1er et 2 juin 2023 autour de la thématique « Petites villes, bâtir des ponts pour demain ». Dominique Faure, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales et de la Ruralité, faisait partie des ministres intervenant à cet événement. L’occasion, sur un territoire qu’elle connaît bien pour en être originaire et y avoir été élue, notamment consulaire, d’une interview croisée avec Jean-François Rezeau, Président de la CCI Occitanie, présent lui aussi à ces Assises.  
JFR Dominique faure
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Mardi 11 juillet 2023

Comment travailler à faire des petites villes et de la ruralité un réel levier de développement économique mais aussi d’équilibrage/rééquilibrage territorial intégrant pleinement les contraintes énergétiques, de mobilité, de services publics… ?


Dominique Faure : En parallèle des 80 déplacements effectués depuis l'été dernier dans toutes les typologies de territoires, j’ai conduit un certain nombre d’études, notamment par les scientifiques de la Plateforme d'observation des projets et stratégies urbaines (POPSU), qui tendent à indiquer que ce sont les villes moyennes qui se développent significativement depuis quelques années. La crise Covid a accéléré ce phénomène que l’on ne constate qu’à la marge sur les petites villes et les communes rurales. Il faut donc travailler spécifiquement la question de l’attractivité de celles-ci pour créer les conditions du rééquilibrage évoqué. Mais, avant de penser à attirer, il faut penser à « retenir ». En Occitanie, un département comme la Lozère par exemple est en déprise démographique durable et fait l’objet de mon attention. La première chose à regarder dans ces territoires est l’attractivité économique. Y a-t-il des friches industrielles, c’est-à-dire des sols déjà artificialisés sur lesquels pourraient s’implanter des artisans, des TPE, des PME… puisque le rééquilibrage territorial ne se conçoit plus sans intégrer la sobriété foncière. Autre condition, une entreprise s’implante sur un territoire si celui-ci est doté en termes de services médicaux, éducatifs, de mobilité… Le programme France Ruralités vise précisément à accompagner ces territoires sur ces sujets des services publics, associatifs, de la mobilité… et, ainsi, contribuer à leur attractivité économique.


Jean-François Rezeau : L’objectif de faire des petites villes et de la ruralité un levier de développement économique et de rééquilibrage territorial a un prérequis : conserver les services de l’État et les services publics sans lesquels il ne peut y avoir de démographie humaine et d’entreprises vertueuses. L’Occitanie est composée à 60 % de zones de hautes et moyennes montagnes. Neuf de ses treize départements sont ruraux et 92 % de ses communes sont rurales. Notre réseau de 13 CCI maille ce territoire au plus près des besoins de ses entreprises, de ses habitants et de l’écosystème. Nous y sommes un acteur majeur de service public du développement économique. Renforcer la capacité de ce que l’on appelle la ruralité à se développer et à assurer son avenir via la régénération de ses forces vives suppose donc de donner aux CCI les moyens de poursuivre leur mission de première ligne. Et ce d’autant que nous avons une réelle expertise de l’accompagnement aux mutations (digitales, environnementales, énergétiques…) qui seront au cœur de l’avènement de la ruralité 3.0. À un moment où nos concitoyens n’ont jamais aspiré autant à la proximité et où le développement économique est à nouveau considéré à travers le prisme des territoires, les CCI ont un vrai, grand et beau rôle à jouer au service des petites villes et des communes rurales.

 

La question des infrastructures (de transport, du numérique, de santé…) est au cœur des défis et des enjeux de la ruralité de demain. Comment l’État, les Régions et les CCI peuvent-ils travailler plus étroitement ensemble sur cette question ?


DF : Un rappel pour commencer. La compétence économique n’est ni à la maille communale, ni à la maille départementale. Les CCI ont donc deux grands interlocuteurs que sont les intercommunalités pour les CCI territoriales et la Région pour les CCI de région. Voilà avec qui peuvent et doivent être travaillés les sujets de la réindustrialisation et du développement économique et leurs prérequis que sont en effet ceux des services et des infrastructures. Cela passe par l’identification des surfaces déjà artificialisées, comme évoqué, mais cela passe aussi par celui des filières naissantes mais aussi du renouveau de filières historiques. Je citerai sur ce point l’exemple de Graulhet, où je me suis rendue il y a peu, et qui est en train de faire revivre une filière française des métiers du cuir (tannerie, ganterie…). Sur les sujets du renouveau de filières patrimoniales comme sur celui des filières naissantes, travailler à créer ou recréer des écosystèmes et la collaboration entre Région, intercommunalités et consulaires (CCI et Chambres de Métiers et de l’Artisanat) est essentiel.


JFR : Le réseau des CCI a une vraie culture des infrastructures. Les premières d’entre elles sont nées dans des ports et, aujourd’hui, notre réseau gère environ 500 infrastructures régionales (aéroports, ports, parcs des expositions, hôtels d’entreprises…). Et la CCI Occitanie compte une centaine de mandats et représentations au sein d’organisations liées au développement économique de notre région. Le sujet des infrastructures et des équipements au cœur des flux et des dynamiques économiques nous est donc familier. Tout comme, nous l’avons vu, l’environnement rural. Les différentes séquences de crise vécues par notre pays et notre économie depuis trois ans (Covid, guerre en Ukraine, crise de l’énergie…) ont confirmé la capacité des CCI à être un animateur important du jeu collectif conduit par l’État et la Région. Nous devons aujourd’hui faire preuve de vision, d’imagination et de volonté pour multiplier et intensifier nos coopérations et, ensemble, inventer de nouveaux champs de collaboration.

 

Faire des petites villes et des territoires ruraux un vecteur de la transition écologique mais aussi de la relocalisation ou de la réindustrialisation pose la question de la compatibilité avec le principe ZAN (zéro artificialisation nette) de la Loi Climat et Résilience. Comment traiter au mieux ce sujet ?


DF : Une précision tout d’abord. Le ZAN est un objectif à 2050 de zéro artificialisation nette ET un objectif de réduction de 50 % de l’artificialisation réalisée sur les 10 dernières années. Ce n’est donc pas la fin du développement mais l’émergence d’un développement beaucoup plus sobre en foncier et plus rationnel, avec des parcelles d’habitat plus petites, moins de mitages, moins de logements vacants dans les villages et les villes moyennes… Tout cela doit être conduit concomitamment avec les aspects évoqués plus haut pour que l’aménagement et le développement du territoire soient harmonieux. Concernant le rôle de ces territoires, je suis convaincu qu’ils vont être un vrai vecteur de transition écologique. On a aujourd’hui besoin de puits de carbone. On a des industries et des territoires développés économiquement qui émettent du CO2 métropoles et des territoires ruraux qui en captent. Nous allons, dans le cadre de la Loi de Finances 2024, travailler à rémunérer les territoires ruraux pour le développement de leurs aménités rurales (forêts, sols, cours d’eau…) qui sont des vecteurs de captation de carbone, de biodiversité… Et quoi de mieux que des entreprises qui innovent sur ces territoires dans le champ de l’économie circulaire, de la transition écologique, de la transition énergétique… ? Le phénomène est amorcé et doit être amplifié pour que les territoires ruraux embarquent véritablement notre transition écologique. Pour terminer, précisons que France Ruralité maintient les zones de revitalisation rurale (ZRR) qui concernent environ 15 000 communes en France et qui visent à aider le développement des territoires ruraux via des mesures fiscales et sociales. L’entreprise qui choisit de s’y implanter ne paye pas d’impôts pendant 5 ans puis seulement 50 % les 3 années suivantes…


JFR : J’ai consacré la totalité de mon parcours professionnel aux différentes facettes du développement durable d’abord (collecte, tri et valorisation des déchets, économie circulaire…), de la RSE et la raison d’être des entreprises ensuite. Je suis donc « naturellement » réceptif au sujet environnemental et donc parfaitement conscient de l’absolue nécessité d’optimiser l’utilisation du foncier. Le temps de l’étalement et de la minéralisation intensive des sols appartient au passé. Nous devons donc consommer le strict nécessaire à l’implantation et au développement de nos entreprises. Recyclage des friches, densification, relocalisation des activités compatibles dans le tissu mixte… : toutes les voies doivent être explorées, et empruntées, pour faire en sorte que la réalisation de projets créateurs de richesse et d’emplois ne se fasse au détriment de l’environnement. Par-delà certaines oppositions, le principe du ZAN a pu être l’objet d’une mauvaise compréhension : l’objectif de zéro artificialisation nette est pour 2050. La première étape est de réduire de 50 % le rythme d'artificialisation et de la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers d'ici 2030 par rapport à la consommation mesurée entre 2011 et 2020. Inscrit dans le plan Biodiversité de juillet 2018, cet objectif se fonde sur l’idée qu’une surface foncière équivalant à un département serait consommée tous les huit ans si rien n’était fait. En réalité, la base européenne Corine Land Cover révèle que, sur la période 2006-2018, le rythme de l’artificialisation serait plutôt d’un département tous les vingt et un ans. Mais trêve de chiffres. Les territoires dont nous parlons ont une ressource dorénavant précieuse, les espaces naturels, qu’il faut, à l’instar des ressources énergétiques, des ressources minières, de la ressource halieutique et, bien sûr, de la ressource en eau, gérer avec discernement et parcimonie. La sobriété s’impose dorénavant à nous, dans tous les aspects de nos vies.

 

La dynamique économique rurale a et aura besoin de talents. Comment renforcer le rôle des CCI dans le domaine de la réponse « de proximité » aux besoins de formation spécifiques des entreprises rurales ?


DF : En préambule, je préciserai que, sur ce sujet formation, le plan France Ruralités encourage le développement des Campus connectés, au nombre de 66 à ces jours. Ces Campus permettent l’accès aux études supérieures au cœur des territoires ruraux. Concernant le rôle des CCI, je pense que, en matière de formation continue, il est connu et reconnu. À part digitaliser encore davantage les formations dispensées pour permettre aux entreprises en ruralité d’y accéder toujours plus facilement au plan pratique et économique, je ne vois pas vraiment d’axes d’amélioration pour le réseau des CCI. Qu’il convient de féliciter donc.


JFR : Le réseau des CCI est le premier formateur après l’Éducation nationale. Par-delà cet aspect « quantitatif », le maillage de notre réseau nous permet d’être au plus près des besoins de formation des territoires et de leurs entreprises. Des besoins qui sont différents de ceux des métropoles, des zones périurbaines… Et surtout, des besoins qui évoluent en permanence et de manière accélérée. Nicolas Hazard, fondateur d’Inco à l’initiative de La Résidence, incubateur des start-ups de la ruralité inauguré fin juin à Saint-Bertrand-de-Comminges, rappelle que 85 % des métiers de 2030 n’existent pas encore. Ce chiffre donne l’exacte mesure de l’adaptabilité et de l’agilité qui doit caractériser l’organisation de la transmission du savoir et des savoir-faire à très court terme. Des caractéristiques qui définissent parfaitement le fonctionnement de notre réseau Purple Campus, 1er organisme de formation en apprentissage en Occitanie. Ses 16 campus implantés aux 4 coins de l’Occitanie, de la Lozère au Gers et de l’Aveyron à l’Ariège, ont ouvert pas moins de 43 nouvelles formations en 2022.

 

Le sujet de la cession/transmission/reprise des entreprises a une acuité toute particulière sur cette typologie de territoires. Quel regard portez-vous sur le rôle des CCI sur cette thématique porteuse d’enjeux économiques, sociaux, sociétaux… majeurs ?


DF : Les CCI ont un rôle majeur à jouer sur ce sujet car elles ont un vrai savoir-faire. Les chefs d’entreprise ont absolument besoin de cette capacité de mise en relation entre cédants et repreneurs, a fortiori dans les territoires dont nous parlons. Face aux enjeux inhérents à cette transmission et à cette pérennisation/continuité, les CCI doivent aller encore plus au contact des Vice-Présidents des intercommunalités pour communiquer sur ce rôle de facilitateur et de médiateur. Ce regard extérieur et désintéressé, mobilisé par le seul intérêt général, doit être valorisé sans cesse.


JFR : Les CCI d’Occitanie ont été au cœur du déploiement interconsulaire du dispositif Occtav, dédié à la sensibilisation à la transmission d’entreprise en zone rurale et de montagne, c’est-à-dire, in fine, au maintien des activités et des entreprises dans ces zones sensibles. Ce dispositif bénéficie pour la période 2023-2024 du soutien de la Région et de Bpifrance Création (lauréat de l’Appel à projets Entreprendre dans les Territoires). Afin de renforcer la visibilité du dispositif auprès des acteurs institutionnels et, notamment, de faire le lien avec les programmes Petites villes de demain et Action Cœur de Ville, un évènement d’envergure régional est prévu fin novembre et s’intitule Occtav Avenir. L’objectif est de faciliter les rencontres entre des collectivités et des repreneurs souhaitant s’implanter en Occitanie ainsi que de valoriser le rôle du dispositif Occtav. Notre implication depuis cinq ans confirme, s’il en était besoin, l’attention que nous apportons à ce sujet de la cession/transmission/reprise sur ces territoires.

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