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Bourget 2019, l’Occitanie en tête d’escadrille ?

ITW croisée Alain Di Crescenzo, Président de la CCI Occitanie et 1er Vice-Président de CCI France et Eric Trappier, Président du Gifas, à l’occasion du 53e salon du Bourget.

 

D’après l’Association du transport aérien international (IATA), le trafic aérien sera multiplié par deux d’ici 2036 pour dépasser les 8 milliards de voyageurs. Une formidable opportunité pour les industriels et les compagnies qui pose néanmoins certaines questions : impact environnemental, sécurité aérienne, recrutement/formation, développement des infrastructures, conception des aéronefs… Comment analysez-vous ces enjeux essentiels pour l’avenir de l’aviation ?

Alain Di Crescenzo : Pour bien prendre la mesure du chiffre cité dans la question et se projeter, il faut réaliser que le nombre de voyageurs excédera celui de la population mondiale ! Partant de là, on comprend que l’aéronautique du XXIe siècle sera propre et sûre ou qu’elle ne sera pas. Tous les points évoqués sont donc exacts et interagissent entre eux de façon complexe. Mais ce secteur a un atout extraordinaire : la visibilité. Quelle autre filière peut se targuer d’un tel avantage ? Pour tirer tout le bénéfice de cette visibilité, et tout simplement pour rendre cela possible, il n’y a qu’un mot : l’anticipation. Tout va, en effet, devoir être repensé : le contrôle aérien, les aéroports, l’intermodalité des transports (donc l’aménagement des territoires), la maintenance… La formation est donc un fil conducteur de la réflexion à mener. Car, nous sommes sur un temps faussement long : mener à bien l’ensemble de ces chantiers en un peu plus de 15 ans est un défi dont tout le monde ne prend pas l’exacte mesure. Je terminerai en rappelant le potentiel de croissance que représente cette augmentation du trafic : on estime qu’un doublement du nombre de passagers pourrait créer 100 millions d’emplois dans le monde. Notre économie a les atouts pour prendre de nouvelles positions sur l’ensemble de ces sujets. Organisons-nous, décloisonnons, osons, chassons en meute et soyons à la hauteur de notre statut de pionnier de l’aviation !

 

Eric Trappier : L’industrie française aéronautique et spatiale est l’auteur, depuis plusieurs années déjà, de belles performances et est coutumière d’aller toujours plus haut. Cette année, la profession a ainsi réalisé un chiffre d’affaires de 65,4 milliards d’euros, un record. Cette activité est notamment soutenue par la croissance du trafic aérien qui est toujours forte à 6,3 %, et effectivement, à plus long terme, le nombre de passagers devrait doubler d’ici 2037. Plus de passagers signifiant plus d’avions, il est logique de constater que jamais nous n’avons produit autant d’avions dans le domaine civil. Cette performance des grands groupes, ETI et PME composant le GIFAS, est autant due à la compétitivité de nos avions et productions qu’à la qualité des femmes et des hommes qui travaillent dans notre industrie. Ceci dit, oui, des questions, nombreuses, se posent, que vous évoquez. Dans les années à venir, le transport aérien doit en effet relever plusieurs défis majeurs dont ceux de la transition énergétique et de la conception des aéronefs de demain. Nous préparons l’avenir sur ces sujets en déployant un effort majeur sur la recherche et l’innovation, à travers le Conseil pour la Recherche Aéronautique Civile, le CORAC, pour concevoir les prochaines générations d’aéronefs. Nous y travaillons.

 

Le doublement du trafic n’impactera pas uniquement l’exploitation mais aussi la production. Quels leviers identifiez-vous pour répondre à la montée en cadence de la supply-chain et des avionneurs : formation de nouveaux talents, montées en compétence, organisation (robotisation, cobotisation…) ?

ADI : Aujourd’hui, au vu de l’augmentation annuelle du trafic aérien mondial de 6 % à 8 %, on sait que, dans les 10 prochaines années, les avionneurs devront livrer autant d’avions que ce que Airbus a produit depuis sa création. D’après les estimations du Flight Fleet Forecast 2016-2035, la taille de la flotte commerciale mondiale pourrait ainsi atteindre près de 50 000 appareils en 2035, contre 19 500 aujourd’hui. La question de la production -mais aussi de la maintenance, voire de la déconstruction- est donc centrale. L’ampleur du « phénomène » oblige à repenser en profondeur les schémas existants et à raisonner globalement tout en misant pleinement sur les atouts locaux. Car sur un marché très largement ouvert à des acteurs émergents, les a priori, les habitudes -« on a toujours fait comme ça »- et le manque de créativité seront fatals. Je note que, dans une filière souvent jugée comme très conservatrice, certains observateurs disent que la filière est en train de vivre sa « période Elon Musk », le patron de SpaceX qui a disrupté l’ensemble des schémas structurant l’industrie du spatial. Après le NewSpace, il faut inventer un NewAir français et européen, avec un écosystème qui aide nos poids lourds à retrouver toute leur agilité conceptuelle, leur créativité et leur mobilité. L’émergence de ce NewAir passe nécessairement par le recours plus important aux nouvelles technologies numériques, aujourd’hui suffisamment matures pour être déployées à l’échelle industrielle. À l’image d’autres secteurs économiques, l’aéronautique est aujourd’hui prête à faire sa révolution digitale. D’après une étude de Forbes, 50 % des industriels de l’aéronautique affirment que la seule manière pour eux de générer de la croissance dans les années à venir est de revoir leurs technologies de production. Mais pour transformer ce défi en succès, notre aéronautique devra mener une autre révolution en repensant ses relations donneurs d’ordres/fournisseurs dans le sens d’une intégration plus aboutie, d’une visibilité mieux partagée et d’une meilleure osmose dans la création de valeur.

 

ET : Les montées en cadence de production constituent effectivement un véritable challenge industriel pour l’ensemble de la filière aéronautique civile, notre supply chain aéronautique, qui est la deuxième au monde. Solide et solidaire, elle est néanmoins encore souvent fragmentée, fragile et en mutation. Le GIFAS l’accompagne depuis plusieurs années déjà pour relever ses défis et faire en sorte qu’elle reste une filière d’excellence au niveau mondial. Nous avons ainsi mis en place plusieurs programmes en faveur des ETI et surtout des PME pour améliorer leurs performances, accompagner l’accroissement des cadences, ou aider les PME à devenir des ETI. Nous lancerons, lors du Salon du Bourget, un nouveau programme « Industrie du Futur » pour renforcer encore la compétitivité de la filière par l’appropriation par les PME et ETI des nouvelles technologies et solutions dites « 4.0 ». Enfin, notre industrie a un besoin important d’investir dans de nouvelles compétences et d’attirer les talents dont nous avons besoin. En 2018, la filière a procédé à 15.000 recrutements. Ce chiffre ne doit pas occulter la nécessité de poursuivre les actions du GIFAS en faveur de l’attractivité des métiers et des formations car des difficultés de recrutement subsistent sur certains métiers ou bassins d’emploi. En termes de formation, nous poursuivrons donc cette année les efforts engagés en régions, dont l’Occitanie, avec une priorité forte donnée à l’apprentissage. Nous avons plus de 7.300 apprentis et contrats de professionnalisation au sein de notre industrie. Nous estimons qu’en 2020 nous aurons doublé nos effectifs en apprentissage sur 10 ans. Enfin, le 53ème Salon du Bourget sera l’occasion de renouveler l’opération « Avion des Métiers » en direction des jeunes, de leurs parents et des enseignants.

 

La région toulousaine est la capitale du ciel mondial. Sa filière aérospatiale sera cette année encore en force pour cette 53e édition du Bourget. Quelle est votre vision de l’apport de l’écosystème d’Occitanie de l’IoT, du Big Data, de l’IA… au maintien du poids économique de l’Europe sur un marché aéronautique toujours plus technologique et concurrentiel ?

ADI : En préambule, avant de parler du Bourget, un mot sur le CES de Las Vegas. Pour la 1re fois cette année, il y avait plus de start-ups françaises qu’américaines dans ce temple de l’innovation mondiale. Parmi celles-ci, la délégation venue d’Occitanie occupait une place particulière. Il en ira de même au Bourget, au mois de juin, où le pavillon collectif Aerospace Valley regroupera la Région Nouvelle Aquitaine, la Région Occitanie et le pôle Aerospace Valley, la CCI Occitanie, les deux agences de développement économique Ad’Occ et ADI et le pôle Aerospace Valley. 66 exposants d’Occitanie exposeront sur 1 500 m2 soit la plus grande délégation régionale avec, en son sein, un espace dédié aux start-ups. La dynamique de l’Occitanie en ce domaine est réelle : notre région est la première région de France pour l'effort en matière de R & D, la seconde région après l’Ile-de-France pour la création de start-ups et la 3e pour les levées de fonds. Et il se trouve que les sujets au cœur de l’aéronautique de demain - IoT, Big Data, Intelligence Artificielle, réalité augmentée…- sont précisément ceux pour lesquels nos start-ups sont reconnues. L’industrie 4.0 propose de mettre en place une nouvelle organisation des moyens de production grâce aux nouvelles technologies numériques, logicielles et matérielles. Il s’agit d’utiliser ces technologies numériques et connectées pour rendre les usines plus intelligentes et, ainsi, faire du smart manufacturing ou « production intelligente ». L’apport de nos start-ups peut donc y être majeur. Dans la production, mais aussi dans la conception, la maintenance, l’exploitation… Chaque rencontre avec l’une d’elles est un plaisir et un concentré d’enthousiasme car l’apport de nos start-ups est précisément d’entretenir cet état d’esprit pionnier qui permet de passer du « Pas possible ! » au « Pourquoi pas ? » et qui, il y a plus d’un siècle, a fait décoller notre aviation.

 

ET : Sur les 195.000 femmes et hommes constituant la filière aéronautique et spatiale dans le périmètre du GIFAS, 53.000 sont employés en Occitanie, région aéronautique d’importance. Notre industrie est présente dans toutes les régions métropolitaines et le 53ème Salon du Bourget sera pour chacune l’occasion d’exposer ses compétences et talents. Nous nous en réjouissons comme de la présence des exposants d’une cinquantaine de pays qui font de ce salon, totalement international, le premier au monde. L’Europe y sera au cœur car l’industrie aéronautique et spatiale est européenne par histoire et par vocation. Mais nous devons être tout sauf naïfs. Face à la bataille commerciale et d’influence que lui livrent aujourd’hui ses concurrents, l’Europe doit être « puissante ». Bâtir l’Europe des compétences y contribuera.

 

Après le NewSpace, il faut inventer un NewAir français et européen, avec un écosystème qui aide nos poids lourds à retrouver toute leur agilité conceptuelle, leur créativité et leur mobilité. Alain Di Crescenzo, Président de la CCI Occitanie

 

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