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1er accélérateur des entreprises

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Interview croisée de François-Xavier Bellamy et Alain Di Crescenzo

L’enveloppe de 1 800 milliards d’euros destinée à reconstruire l’Europe de l’après-COVID-19 (plus verte, plus numérique et plus résiliente) constitue le plus vaste train de mesures de relance jamais financé par l’UE. Mais les entreprises françaises ont-elles toutes les clés pour connaître et comprendre ce que l’Europe peut leur apporter ? Les points de vue de François-Xavier Bellamy, député européen, et Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie.
Interview croisée de François-Xavier Bellamy et Alain Di Crescenzo
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Mardi 11 mai 2021

Interview croisée de François-Xavier Bellamy et Alain Di CrescenzoConfrontée à une situation extrême, l’Europe montre-t-elle ainsi sa capacité à s’unir et à préserver sa souveraineté ?

François-Xavier Bellamy : L’accord sur le nouveau cadre Financier Pluriannuel (CFP) et le plan de relance sont en effet un signe de solidarité européenne face à la crise. Mais je redoute qu’il n’aille pas dans le sens de l’autonomie stratégique de l’Europe - un terme que je préfère à celui de souveraineté, qui ne correspond pas aux institutions de l’Union. Le recours à toujours plus d’argent public n’est pas à soi seul une garantie de succès ; si nous ne réglons pas nos problèmes de compétitivité, injecter de l’argent dans l’économie revient à financer avec une dette publique grandissante l’activité des pays qui exportent chez nous… Comme rapporteur pour le plan de relance en commission de l’industrie, j’ai travaillé pour orienter les fonds européens vers des investissements de long terme dans des filières stratégiques, pour éviter qu’ils ne soient seulement utilisés pour absorber l’impact immédiat de la crise. Il faudra aussi qu’ils soient engagés avec l’horizon de revenus futurs, pour aider les générations futures à faire face à la charge de la dette que nous leur laissons, et leur garantir des marges de manœuvre.

 

Alain Di Crescenzo : On peut distinguer deux temps dans cette séquence Covid. Si l’Europe n’a pas semblé au niveau d’autres grandes puissances géopolitiques dans la gestion de l’urgence et de la logistique sanitaires, elle a, en revanche, su parler d’une voix forte et unie concernant la préparation de la relance. Le plan de relance historique sur lequel la Commission européenne, le Parlement européen et les dirigeants de l’UE sont tombés d’accord doit permettre de sortir de la crise et jettera les bases d’une Europe moderne et plus durable. Il contribuera également à réparer les dommages économiques et sociaux causés par la pandémie. Un certain nombre d’indicateurs clignotaient avant cette crise. Mais comme le notait Thierry Breton, Commissaire Européen au Marché intérieur, une Europe solidaire et moins naïve est née de la Covid-19. Plus autonome, plus verte et plus résiliente, l'Europe a la capacité à affirmer une nouvelle ambition. Et ce n’est pas une option mais une impérieuse nécessité car, dans un monde où les rapports de force entre blocs se durcissent, l’Europe ne peut pas aborder la question de sa souveraineté avec des circonvolutions. Pas plus qu’elle ne le peut pour la défense des intérêts de ses entreprises, qui appelle des positions claires, fortes et assumées.

 

Une Europe souveraine, c’est une Europe dont les entreprises performent, innovent, s’adaptent… Pour y parvenir, celles-ci ont besoin d’une Europe plus lisible, plus concrète et plus proche pour interagir plus et mieux. Quel regard portez-vous sur la Semaine européenne des CCI à laquelle vous avez participé sur le territoire d’Occitanie ?
FXB :
Il me semble très utile que les acteurs de l’économie française organisent des sessions comme la Semaine européenne des CCI : il y a une nécessité, en particulier pour nous Français, de nous informer et de comprendre les rouages et les enjeux européens. Je suis toujours frappé par l’efficacité de beaucoup d’acteurs économiques et institutionnels chez nos partenaires européens, quand il s’agit de mobiliser les leviers de l’UE pour agir et pour investir. La France est l’un des États membres où les fonds européens sont les moins consommés… Cependant, cela ne dédouane aucunement l’Union européenne d’une impérative remise en question de sa lisibilité et sa compréhension par les citoyens. Cela est bien sûr valable pour la législation concernant les entreprises. Les normes européennes ont longtemps été déconnectées des réalités du terrain ; elles sont d’ailleurs souvent rendues plus complexes encore en France par le phénomène de la surtransposition, par laquelle le législateur français ajoute une couche d’exigences aux règles de l’Union. Les acteurs publics en Europe semblent d’abord préoccupés de contrôler les acteurs économiques ; dans le même temps, les gouvernements chinois ou américains ne s’embarrassent d’aucun état d’âme pour soutenir leurs entreprises.

 

ADI : La représentation des intérêts des entreprises auprès des institutions européennes est une mission de CCI France qui a été consolidée par la loi PACTE. Alors que se profile la future Présidence Française de l’Union Européenne, faire entendre la voix des chefs d’entreprise auprès de l’UE relevait donc d’une forme d’évidence pour les CCI à travers leur implication dans le réseau Entreprises Europe (EEN). Dans l’autre sens, nous souhaitions également donner de la visibilité sur « l’Action Européenne » à nos entreprises. C’est pour cette raison, la valeur ajoutée des CCI étant le lien direct avec les territoires, que cette semaine porte comme message principal celui d’une « Europe concrète et visible pour les entreprises ». La crise actuelle a montré la convergence d’intérêts entre l’Europe, ses habitants et ses entreprises. Des entreprises fortes, c’est une Europe influente, créatrice de valeurs et d’emploi, et des Européens gagnants et directement approvisionnés de produits et services performants, éthiques… Et nos entreprises auront d’autant plus de chances d’être fortes qu’elles bénéficieront à la fois d’une dynamique et de financements européens après, condition sine qua non, avoir été parfaitement informées de ces dispositifs. Car François-Xavier Bellamy a raison : notre pays est l’un des rares à ne pas consommer les fonds européens auxquels il est éligible. La Semaine européenne des CCI est donc une formidable occasion pour les chefs d’entreprise de témoigner des réalisations qu'ils ont conduites, dans les territoires et avec le soutien de l'UE, mais aussi de leurs attentes vis-à-vis de l'Europe.

 

L’indépendance énergétique est un prérequis à toute forme de souveraineté. Quelle est votre vision de cette filière qui est à la fois une énergie et un moteur de développement économique ?
FXB :
L’indépendance énergétique revêt en effet une importance fondamentale pour garantir notre dynamisme économique futur, comme notre souveraineté. L’hydrogène est déjà produit de manière industrielle en France et en Europe, et utilisée dans de nombreux secteurs d’activité, notamment celui de la santé. Il peut aujourd’hui jouer un rôle pour le stockage d’énergie, ou pour la décarbonation des moyens de transport. Il est donc décisif de définir une stratégie hydrogène qui permette de le produire dans une quantité et à un coût lui permettant d’être compétitif sur le marché mondial. La production d’hydrogène à partir des énergies renouvelables est pour le moment loin d’être compétitive, notamment du fait d’un facteur de charge peu élevé et de l’intermittence caractéristique de ces énergies. La production à partir de gaz naturel est certes compétitive, mais est insatisfaisante au regard de nos objectifs de diminution d’émissions de gaz à effet de serre. En ce sens l’association de notre parc nucléaire, pilotable, puissant et décarboné, avec la technologie des électrolyseurs, semble être la meilleure voie à explorer pour faire de la France un champion de l’hydrogène. C’est cette solution que nous devons pousser au niveau européen. Le récent acte délégué de la Commission européenne sur la Taxonomie, excluant le nucléaire des financements publics autorisés au titre de la transition énergétique, est un mauvais signal. Le gouvernement porte une lourde responsabilité sur ce dossier. De mon côté, je continuerai de travailler pour garantir un mix énergétique français durable et compétitif.
 

ADI : L’indépendance énergétique est un prérequis majeur à toute forme de souveraineté. Et, dans le mix énergétique qui se dessine à l’échelle des grandes économies, l’hydrogène est en train de prendre une place centrale. Au niveau national, le chiffre d’affaires estimé de la filière hydrogène en 2030 est de 8Md€ -pour plus de 40 000 emplois- et, en 2050, on parle de 40 Md€ et 150 000 emplois. Les ordres de grandeur parlent d’eux-mêmes. L’Occitanie représente quasiment un quart des projets nationaux retenus dans le cadre de l’appel à Projets Territoires d’Hydrogène et, en France comme en Europe, notre région a tous les atouts pour être au centre du jeu comme le conclut le récent rapport sur l’hydrogène vert comme investissement d’avenir. La première réunion du conseil national de l'hydrogène (CNH) s’est d’ailleurs tenue le 25 février à Albi en présence de trois ministres, dont Bruno Le Maire. Pourquoi l’Occitanie et pourquoi Albi ? Parce que l’entreprise Safra, y produit le seul bus à hydrogène français. À Tarbes, Alstom s’est imposé comme pionnier dans ce mode de locomotion appliqué au ferroviaire avec une technologie mise au point pour produire une chaîne de traction à hydrogène. À Toulouse, Airbus mettra en service des avions à hydrogène d’ici à 2035 et un campus hydrogène pour l’avion vert sera installé à Francazal. À Montpellier, Bulane, inventeur de la flamme hydrogène industrielle, vient de passer le cap des 1 000 unités de son électrolyseur. À Perpignan, Aeron finalise son avion électrique régional mû par des piles à combustibles alimentées par hydrogène. À Port-la-Nouvelle, c’est le futur « hub » des énergies vertes de notre région qui se dessine : les éoliennes du Golfe du Lion alimenteront en énergie la future usine de production d’hydrogène vert de Port-la-Nouvelle créée par Qair et l’Arec (6 000 t/an « vert »). L’hydrogène a déjà prouvé sa capacité à mettre en mouvement et en connexion tout un territoire. Dans ce cadre, le sujet de la structuration de cette filière émergente est majeur et les programmes européens de financement ont un vrai rôle à jouer.

 

Il me semble très utile que les acteurs de l’économie française organisent des sessions comme la Semaine européenne des CCI : il y a une nécessité, en particulier pour nous Français, de nous informer et de comprendre les rouages et les enjeux européens.

François-Xavier Bellamy, député européen

Alors que se profile la future Présidence Française de l’Union Européenne, faire entendre la voix des chefs d’entreprise auprès de l’UE relevait donc d’une forme d’évidence pour les CCI à travers leur implication dans le réseau Entreprises Europe (EEN).

Alain Di Crescenzo, président de la CCI Occitanie